Avec Close Readings, Christine Sun Kim signe sa première œuvre vidéo majeure et livre une critique incisive des systèmes d’accessibilité médiatique. L’artiste a sélectionné des extraits de cinq films cultes de la culture populaire occidentale (La Petite Sirène, Ghost, La Famille Addams…) dont le point commun est de traiter de la voix comme métaphore de l’émancipation ou de l’identité. Après avoir coupé le son et partiellement flouté l’image d’origine, Kim a invité quatre de ses amis sourds et malentendants à réécrire et réinventer entièrement les sous-titres (les closed captions) en se basant uniquement sur leur propre ressenti et sur les descriptions textuelles du studio.
Diffusés de manière synchrone sur quatre écrans, ces sous-titres pirates oscillent entre la poésie pure (« le son d’une lumière qui ne vacille jamais ») et l’absurde, subvertissant radicalement la fonction purement utilitaire de l’accessibilité cinématographique. En masquant une partie de l’image, le dispositif renverse le rapport de force traditionnel : le public entendant est privé de ses repères habituels et contraint de s’en remettre à la vision subjective et politique des spectateurs sourds. L’œuvre démontre avec force et humour que le sous-titrage n’est pas une simple traduction neutre, mais un espace d’interprétation, de création et de pouvoir.