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One Billion Dots © Robert Barry

I always do what I say I’m going to do
Robert Barry, point par point

 

« Il errait parmi des étoiles accumulées avec la densité d’un trésor, dans un monde où rien d’autre, absolument rien d’autre que lui, Fabien, et son camarade, n’était vivant. Pareils à ces voleurs des villes fabuleuses, murés dans la chambre aux trésors dont ils ne sauront plus sortir. Parmi des pierreries glacées, ils errent, infiniment riches, mais condamnés. »

Antoine de Saint-Exupéry 

 

«I always worked with quantity… the suggestion of extended space in my paintings, the inert gas pieces (“from measured volume to indefinite expansion”), half lives with the radiation pieces, the radio wave pieces, etc. The idea of time, space, infinity, quantity beyond our ability to actually perceive or comprehend has always interested me. Even with Art Lovers, in maybe a more subtle way. I think it’s always present in my work..»
Robert Barry 

 

 

Le temps et l’espace sont les premiers indicateurs du réel. Même s’ils n’en sont pas les ingrédients les plus palpables, ce sont les abscisses et les ordonnées sur lequel le réel advient… ou pas. « En un temps fort éloigné, vivait, dans une forêt inculte et solitaire du domaine de Fulda 4 »… Ainsi débute le conte
de E. T. A. Hoffmann intitulé Ignaz Denner. Pour n’en citer qu’un. Car, devant la question qui va nous intéresser plus précisément ici, peu importe la suite. Le décor est planté et, pour commencer, le fait de savoir que l’histoire a eu lieu dans un passé indéterminé suffit au lecteur. Peu lui importe, d’ailleurs, le cadre et l’époque pourvu qu’ils soient indiqués, c’est l’invraisemblance des faits et la vraisemblance de leur enchaînement qui vont primer pour l’amateur de récits fantastiques. Le voilà embarqué dans une fantaisie et assuré de la solidité de l’embarcation. Le minimum nécessaire est assuré. Puisqu’en effet c’est d’abord sous les auspices du temps et de l’espace que le réel se manifeste ou que la fiction s’échafaude à son exemple. On en convient aisément pour l’espace puisqu’on peut faire l’expérience de deux points distants de vingt centimètres simultanément — même s’il faut loucher ou reculer très légèrement ! C’est un peu plus difficile pour le temps, car deux événements distants de vingt minutes ne pourront jamais être appréhendés concurremment sans que la mémoire ne s’introduise dans cette opération — or la mémoire ne permet pas de loucher sur ces deux événements et de les rassembler pour les considérer avec la même rigueur comparative ; le rapprochement qu’elle opère est artificiel : la mémoire ne louche pas, elle est louche !

 

Trois années s’écoulent entre le moment où Robert Barry conçoit l’idée de matérialiser la quantité, abs- traite par son énormité, qui se cache derrière le nombre 1 000 000 000, et la réalisation de ce projet sous la forme d’un livre en vingt-cinq volumes édités en un seul exemplaire portant le titre One Billion Dots en 1971. Gian Enzo Sperone, le jeune galeriste et éditeur italien qui relève le défi, n’en est pas à son coup d’essai. Une solide complicité le lie déjà à l’artiste et à ce que compte de plus aventureux, de plus exigeant et (autant le dire) de moins vendable, la scène artistique dite conceptuelle. Deux expositions personnelles ont déjà été consacrées à Barry à l’enseigne de la galerie turinoise et son premier livre d’artiste fut déjà publié en 1970 à l’initiative de Sperone.