Le travail d’Adelita Husni-Bey interroge des questions complexes portant sur la race, la classe et le genre, puisant souvent son inspiration dans les théories de l’éducation anarchiste et dans des méthodes pédagogiques novatrices. Ses projets s’ancrent dans des processus créatifs collectifs — jeux de rôle, ateliers, entreprises communes — qui ont impliqué des étudiants, des sportifs, des juristes et des militants. La mission de l’artiste, selon Husni-Bey, consiste à mettre en place des situations et des expériences au sein desquelles les participants — et, à travers eux, les spectateurs — peuvent prendre la mesure de leur propre rapport aux dynamiques de pouvoir social et économique de notre époque.
Son œuvre pour le Pavillon italien, intitulée The Reading / La Seduta, a été élaborée à partir d’un atelier tenu à Mannahatta (territoire Lenape, connu sous le nom de Manhattan, New York) avec un groupe de jeunes gens sélectionnés par appel ouvert diffusé auprès de plusieurs services éducatifs de musées de la ville. Cet atelier, qui s’est déroulé en février 2017, comprenait une série de rencontres, de discussions et d’exercices de théâtre expérimental. Travaillant aux côtés de l’artiste et des autres facilitateurs, les participants ont réfléchi à leurs propres liens avec l’environnement et avec l’exploitation de la terre, en explorant un ensemble de questions complexes relatives aux notions d’extraction, de menace, de technologie, d’usage, de valeur et de vulnérabilité. Ces thèmes apparaissent dans la vidéo sous la forme d’un jeu de tarot conçu par l’artiste elle-même lors des récentes protestations autochtones contre la construction d’un oléoduc à proximité de la réserve de Standing Rock.
Dans la vidéo, les participants, assis autour d’une table, s’inspirent d’un tirage de tarot effectué avec le jeu d’Husni-Bey pour évoquer leurs propres relations — spirituelles, coloniales et technologiques — à la terre et aux territoires. L’artiste fait du tirage de tarot à la fois un outil magique et un outil pédagogique : les jeunes gens — qui, dans la vidéo, découvrent ces cartes pour la première fois — opposent une vision utilitariste et capitaliste de la terre, conçue comme une ressource à exploiter au profit, à une conception de celle-ci comme quelque chose d’intimement lié à la vie humaine, à chérir et à protéger. Le film alterne entre les échanges autour de la table et des scènes dans lesquelles les participants réalisent une série d’exercices inspirés des thèmes abordés lors de l’atelier initial, et fondés sur le Théâtre de l’Opprimé. En regard de la vidéo, une série de sculptures — des mains en silicone luminescent — semble annoncer l’avènement d’un avenir virtuel et prothétique, suggérant notre propre implication dans la consommation des ressources et dans de nouvelles formes de colonisation.