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Les Archives Nice x OVNi

État des lieux des forces en présence , repérages, parc du pont de Gau, Camargue, 2024. © Sacha Rey
État des lieux des forces en présence , repérages, parc du pont de Gau, Camargue, 2024. © Sacha Rey

LES ARCHIVES – Nice

2026

7 Avenue de Fabron

Installées depuis 1963 dans l’ancienne villa « Les Palmiers », surnommée le Palais de Marbre, les Archives Nice Côte d’Azur sont bien plus qu’un lieu de conservation. Gardiennes de la mémoire collective de la métropole — dont les premiers fonds remontent au XIIIe siècle —, elles accueillent également le public dans le cadre d’expositions temporaires et d’animations culturelles.

 

C’est dans ce bâtiment chargé d’histoire, entre salles de consultation aux boiseries dorées et escalier central de marbre, que Sacha Rey déploie « État des lieux des forces en présence » pour la Biennale OVNi 2026. Le lieu résonne singulièrement avec le projet : une institution vouée à archiver le passé devient le terrain d’une installation qui réinvente la mémoire collective — celle des flamants roses, des activistes, des corps en lutte.

État des lieux des forces en présence , repérages, parc du pont de Gau, Camargue, 2024. © Sacha Rey
État des lieux des forces en présence , repérages, parc du pont de Gau, Camargue, 2024. © Sacha Rey

Sacha REY

Sacha REY

En 2021, lors d’un road trip en Camargue avec trois amies, Sacha Rey commence à filmer des flamants roses. Son attention se porte sur les affrontements entre ces oiseaux, tandis que sept années d’amitié s’effacent sous l’effet de divergences militantes. De cette rupture naît une question fondatrice : comment continuer à avancer ensemble malgré nos désaccords politiques ? Comment prend-on soin du collectif ?

 

État des lieux des forces en présence est une installation vidéo documentaire conçue comme un « road trip éthologique ». De Barcelone au delta de l’Èbre, puis jusqu’à la Camargue, des activistes transféministes et écologistes sillonnent les routes à la rencontre des flamants roses, partageant leurs expériences militantes et s’inspirant du mode de vie de ces oiseaux pour interroger la relation que l’humain entretient avec le collectif. La figure du flamant rose — espèce protégée méditerranéenne dont la survie repose sur la cohésion du groupe — devient le prisme par lequel le film examine les luttes pour les vies trans* et celles pour la préservation des zones humides.

L’installation est diffusée grâce à un acousmonium de 32 haut-parleurs, système de spatialisation sonore qui oriente le public dans l’espace et l’invite à composer sa propre déambulation. La bande sonore — voix des activistes en castillan, anglais et français, field recordings des habitats des flamants roses, compositions de Hwaas et Gaëtan Parseihian — n’est pas synchronisée avec les vidéos, instaurant une narration non-linéaire et ouverte. Le parcours physique est structuré par des photographies imprimées sur textile (mousseline et satin), certaines découpées pour que le visiteur puisse littéralement traverser l’image. Des textes sérigraphiés à l’encre photosensible UV, réalisés avec le·a graphiste H·Alix Sanyas (collective Bye Bye Binary), simulent par couches la perception visuelle des flamants roses et se révèlent différemment selon la position du spectateur dans l’espace.

 

Le tournage des entretiens adopte une forme parodique : un micro recouvert d’une rycote en fourrure rouge — évoquant les plumes des flamants — joue le rôle de bâton de parole, transmis de protagoniste en protagoniste dans un relais qui s’étend de Barcelone à la Camargue. Ce dispositif, pensé avec l’éthologue Dalila Bovet, croise sciences naturelles et sciences humaines pour questionner la séparation entre Nature et Culture, et la manière dont le biologique a été mobilisé comme argument de domination.

 

Les zones humides du delta de l’Èbre et de la Camargue sont menacées par la montée des eaux méditerranéennes. L’installation cartographie ce double territoire — géographique et politique — en forgeant des alliances inter-espèces là où les luttes sociales et environnementales se rejoignent.

Ce projet a bénéficié du soutien de la Biennale OVNi en 2026, de la Bourse Atomes Crochus de l’ADAGP, de Culture Moves Europe et de l’AIA de la DRAC PACA en 2025 ; en 2024 de l’Institut Français de Barcelone, d’ArTeC × le CNEAI=, et de résidences à SOMA (Marseille), au Hangar × Triangle Astérides (Barcelone) et à la Casa de l’artista (La Senia) ; en 2023 de la Fondation des Artistes ; en 2022 de Mécènes du Sud Aix-Marseille, de l’aide au développement du DICRéAM du CNC et de la résidence « Locus Sonus Vitae » (ESA Aix). En 2024, le projet a été nominé au Prix COAL.

 

Lea-Rener-portrait-Sacha-Rey

Lea-Rener, portrait Sacha Rey

 

Biographie de Sacha REY

 

Né en 1991 à Nice, vivant à Marseille, Sacha Rey est un artiste plasticien et performeur. Il a soutenu un mémoire de recherche sur sa méthodologie de travail, la  « danse documentaire », à l’EHESS Paris. Sacha a utilisé cette méthode dans ses trois précédents films et installations :  « But I’m a Cheerleader » qu’il a présenté dans une exposition personnelle lors du FID à Marseille et pour laquelle il a obtenu le prix Sud Émergence du festival OVNi en 2024 ;  « To Wander So Many Miles in Vain » qui a été diffusé au cinéma du Réel en 2022 et  « This Picture of You » avec lequel il a obtenu un diplôme des Beaux-Arts de Paris avec les félicitations du jury en 2019.

Ses œuvres filmiques et performances ont été diffusées ​d​ans des festivals  et des expositions tels que : le Cinéma du Réel au Centre Pompidou (Paris, 2022)​, le festival du film d’Amiens (FIFAM, 2024), la Villette (Paris, 2023), la Villa Vassilieff (Paris, 2016), Bétonsalon (Paris, 2017), la fondation agnès b (Paris, 2023), le Générateur (Gentilly, 2017), le Festival Parallèle (Marseille, 2022), ainsi qu’au Stadtmuseum (Düsseldorf) et la Spiral Wacoal Art Center (Tokyo) en 2019.

Sacha a également été interprète en France, en Belgique et au Japon pour des chorégraphes et artistes plasticien·ne·s tel·le·s que : Jocelyn Cottencin, Matthieu Doze, Julia Droga, Emmanuelle Huynh, Jennifer Lacey, Hoang Lê, Yuko Mohri, Daniel Nicolaevsky, Clédat & Petitpierre, Rully Shabara, Nathalie Talec et Mélio Villemot. Vous pouvez visionner quelques extraits de son travail performatif ainsi que des performances auxquelles il a pris part en tant qu’interprète dans sa bande démo.

 

État des lieux des forces en présence , repérages, parc du pont de Gau, Camargue, 2024. © Sacha Rey

État des lieux des forces en présence , repérages, parc du pont de Gau, Camargue, 2024. © Sacha Rey

 

« Dans une perspective transféministe, ‬je développe une méthodologie de travail que je nomme une‮ «‬ danse documentaire ‮»‬‭. ‬Les dispositifs filmiques que je conçois cherchent ainsi à interviewer les souvenirs physiques des participant·e·x·s‭. ‬Ma pratique cinématographique se nourrit alors de l’éducation somatique‭, ‬de‮ «‬ l’apprentissage de la conscience du corps en mouvement dans l’espace ‮»‬‭. ‬Au moyens des arts performatifs‭, ‬de pratiques sportives ou de point de vue non-humains‭, ‬mes films et performances s’attachent à créer une forme d’‮«‬ empowerment ‮»‬‭ ‬d’expériences minoritaires‭. ‬Ayant la volonté de composer‭ ‬‮«‬ une ode à la multiplicité et à l’instabilité des identités ‮»‬‭ (‬I.Alfonsi‭), ‬je construis des dispositifs pour faire se rencontrer des symboles et des mondes‭, ‬afin de questionner les représentations hégémoniques de l’histoire du cinéma‭. ‬C’est pourquoi‭, ‬je fabrique des métaphores visuelles‭, ‬en réunissant des significations qui dans une pensée binaire pourraient être‭ ‬jugées antagonistes‭. ‬La métaphore permet alors de créer de la surprise‭, ‬de la disruption‭, ‬une‭ ‬‮«‬‭ ‬ouverture brusque d’un circuit électrique‭. ‬‮»‬‭ ‬

Pour rester en mouvement‭, ‬je crée des situations où l’improvisation occupe une place centrale‭. ‬En utilisant cette méthode‭, ‬je m’attache à filmer des personnes à partir de leurs savoirs corporels afin de résister à l’objectification des corps‭. ‬La musique‭, ‬la poésie et la danse permettent alors de représenter la capacité d’agir d’une personne‭. ‬Au travers de mes films‭, ‬j’essaye de m’interroger sur comment les représentations de violences intra-humaines au cinéma peuvent influer sur nos vies‭. ‬J’élabore ainsi des stratégies visuelles offrant la possibilité à des personnes concernées de recevoir ces‭ ‬œuvres avec l’intention de ne pas réveiller leur mémoire traumatique‭. ‬Je m’inspire des symptômes corporels pour les traduire dans ma manière de filmer‭ : ‬le flou de la dissociation‭, ‬le dédoublement des réalités‭, ‬le spectre et réminiscences des projections‭, ‬des images avec du bruits‭, ‬jamais nettes pour évoquer le trouble‮…‬‭ ‬Je tente‭ ‬de construire un cinéma qui relève de l’ordre de l’haptique‭, ‬de rendre les images corporelles‭, ‬pour donner envie de toucher l’image comme des sculptures avec qui l’on aurait le droit de danser‭. ‬D’ailleurs mes installations vidéo composées d’impressions sur tissus‭, ‬de ballons ou de t-shirts invitent au toucher‭.‬

Dans des‭ ‬œuvres immersives‭, ‬je désire reconnecter les‮ ‬spectacteur·ice·s à leur propre corps‭. ‬Iels peuvent alors être poussé·e vers leurs propres sensations et leurs propres luttes‭. ‬Ma recherche plastique rejoint ainsi ces questions que posent la philosophe transféministe‭, ‬Emma Bigé‭ : ‬‮«‬‭ ‬Qu’est-ce qui empêche les épidermes d’entrer en contact ‭? ‬Comment la race‭, ‬comment le genre‭, ‬comment les sexualités et leurs exclusions entrent-elles en jeu dans les touchers que nous‭ ‬nous adressons ‭? ‬Autrement dit qu’est-ce qui nous retient de nous toucher ? ‬ »‬

Sacha Rey