Dans la cadre du festival Videoformes du jeudi 13 Mars au 16 Mars à l’occasion de la 40e édition du festival et du 10e anniversaire des Bienheureuses Rencontres, Ovni est invité le jeudi 13 Mars à 14H pour une programmation video. Natalie AMAE a sélectionné 3 videos : « Sous le Ciel » de Jeremy Griffaud, « Mer interèure » de Guilia Grossman et « Hyperphantasia » de Justine Emard.
Cette programmation sera suivie d’une table ronde avec Nathalie AMAE – directrice artistique de festival Ovni, Elise ASPORD et Santiago TORRES.
Nathalie AMAE fait également partie du jury de la compétition video internationale dont le Palmarès sera annoncé Dimanche 16 Mars à 19H.
Trois œuvres de trois artistes emblématiques des orientations éditoriales du festival OVNi, développées par la Biennale OVNi, dont l’édition suivante est à l’automne 2026.
Nous avons le souci de tracer un parcours historique de l’art vidéo depuis plus de 60 ans et le présenter cet art pour ce qu’il est : un art d’avant-garde, puisqu’il a le potentiel d’évolution constante au gré des innovations technologiques.
Par ailleurs, nous défendons les artistes émergents, les artistes de la région Sud et les pratiques hybrides : l’artiste Jérémy Griffaud en est la synthèse parfaite, lui qui est aujourd’hui une référence internationale, fut porté par le Festival et précisément Odile Redolfi, depuis ses débuts. Il mêle l’art de l’aquarelle et celui des pixels, la dimension charnelle et matérielle intriquée dans la syntaxe des jeux vidéo.
La trajectoire historique, nous la retrouvons avec le travail de Justine Emard non seulement parce qu’elle s’intéresse au rapport que nous entretenons avec le besoin de représenter par l’image l’expérience du monde (intérieur et extérieur à notre individualité), mais aussi parce qu’elle s’est emparée de l’I.A pour s’en servir comme outil de prolongement à la fois de la structure de pensée et de l’évolution de l’humanité.
Le choix de Giulia Grossmann nous permet de préciser plusieurs axes : l’amplitude de programmation, puisque nous avions présenté l’un de ses documentaires au sein d’une exposition ; notre volonté d’inscrire OVNi dans un élan de production, au-delà des Résidences d’aide à l’écriture et à la réalisation ; et enfin, OVNi développe la partie éducation à l’image, en plus de nos Rencontre Art & Science, nous accordons une importance à la qualité de la médiation sur mode novateur. Nous avons notamment initié un projet avec une experte handicap et culture, référente ministérielle, concernant la transmission d’objet visuel à un public non voyant, dont la méthodologie est applicable à tout type de public.

Jérémy Griffaud | Sous le ciel | 2024 | 10’ | couleur
Inspiré du cycle peint du Message Biblique, chef-d’œuvre à la portée universelle et spirituelle et cœur de la collection permanente du musée, Jérémy Griffaud compose un mapping panoramique recouvrant la surface totale des murs. Quatre tableaux de Chagall ont particulièrement retenu son attention sur les thèmes du Paradis originel et de sa perte (Le Paradis, Adam et Eve chassés du Paradis), du songe (Le Songe de Jacob) et de l’hospitalité (Abraham et les trois anges).
Conçue en une boucle, l’animation visuelle conduit le regardeur au centre d’un monde foisonnant et onirique où des passages s’opèrent entre jardin édénique et villes-îlots, entre monde souterrain et étendue céleste. Dans ce mouvement vers une intériorité ou un ailleurs, fourmillent une multitude d’êtres hybrides aux gestes et déplacements eux-mêmes répétés. Un éternel retour sur soi qui à l’image des œuvres de Chagall, contient les différents temps du monde, passé, présent et futur, vécus ou imaginaires.

Julia Grossman | Mer intérieure | 2024 | 10’13 | couleur, son
J’ai eu l’opportunité de rencontrer Jamila et Robert dans le cadre d’une invitation du festival OVNi et d’une proposition de réalisation d’un film expérimental en lien avec l’olympiade culturelle. Notre intérêt commun s’est porté sur les sports nautiques, d’une part parce que je développe un travail sur la mer, d’autre part étant donné que Nice est une ville tournée vers la Méditerranée. Spontanément le club nautique de Nice, que nous avions contacté, nous a mis en relation avec un couple passionné de voile malgré leur déficience visuelle. J’ai donc embarqué à bord de leur voilier avec pour objectif initial de mettre en lumière leurs exploits en mer, malgré la cécité totale de Jamila et la cécité partielle de Robert.
Cependant, ce qui a véritablement captivé mon attention, c’est la discussion que j’ai eue avec eux sur leur capacité à percevoir des nuances complexes influencée par leurs sensations et leur humeur ainsi que par les émotions vécues par le fait d’être embarquées.
Cette conversation m’a inspiré la possibilité de retranscrire visuellement cette capacité à exprimer des émotions à travers des images altérées et un travail sonore reflétant l’état émotionnel de leur expérience en mer.
Malgré sa cécité, Jamila est capable de ressentir visuellement les variations météorologiques par des contrastes en noir et blanc. Cette capacité extraordinaire due à un processus neurologique, connue sous le nom de “phénomène de Riddoch”, a été décrite pour la première fois par le neurologue écossais George Riddoch en 1917. Il décrivait comment certains patients pouvaient percevoir des couleurs, des mouvements dans leur champ visuel aveugle, même en l’absence de perception.
Ce film représente donc une tentative de retranscrire émotionnellement l’expérience vécue lors d’un embarquement sur le voilier de Jamila et Robert, à travers l’image et le son.

Justine Emard | Hyperphantasia, from the origins of images | 2023 | 12’ | couleur, son
Depuis les profondeurs de la grotte jusqu’à celle de notre cerveau, Hyperphantasia créé un espace de rencontre entre 36 000 ans de technologies d’images, à la recherche de l’origine des images. Au paléolithique, on plongeait dans les profondeurs et l’obscurité de la caverne, avec ce désir pour l’humain d’y inscrire une œuvre de l’esprit sur les parois des grottes.
En 2022, les sciences computationnelles nous permettent d’analyser de grandes quantités de données et de générer des prédictions.
À partir d’une base de données scientifique de la grotte Chauvet Pont-d’Arc, un réseau de neurones artificiel a été entraîné afin de fabriquer de nouvelles images de la préhistoire pour la création de l’œuvre. Une paroi vidéographique s’anime lentement laissant entrevoir une “nouvelle” préhistoire, des imaginaires parallèles de nos ancêtres. En 2021, une mission du Cnes et de l’ESA étudie l’évolution du sommeil dans l’espace. Des données encéphalographiques enregistrées sur plusieurs nuits ont permis à l’artiste de travailler à partir de signaux de rêves de l’espace.
Ces signaux du plus profond de notre inconscient sont incarnés dans des architectures de rêves en impression 3D. Un paysage issu des images mentales apparaît dans la lumière de la vidéo. Depuis la génération de nouvelles images inédites de la préhistoire par un modèle de machine learning jusqu’à l’extrusion de sculptures de rêves de l’espace. On suit la naissance de nouvelles images des profondeurs de nos imaginaires qui vont fusionner et se synchroniser.