Comment l'art de la performance remet en question la façon dont nous parlons des êtres humains et du vivant, ainsi que les dimensions socioculturelles et politiques qui semblent la définir. La pratique de la performance permet de couvrir une interdisciplinarité et une «multimedialité» recouvrant l’expérimentation dans la vidéo, la photographie, la chorégraphie, le son, l'installation, le Live.
What’s Happening
Performer est une manière de transformer une énergie et la faire advenir en quelque chose de singulier, que l’on pourrait appeler un événement. Un événement en tant qu’il crée des horizons, produit des effets et propose des interactions avec le public. La première expérience d’énergie est celle du corps. Le corps est au cœur des enjeux de la vidéo depuis les prémices de cette pratique visuelle qui émerge dans les années 60’ dans la lignée du Body Art et l’influence du Black Mountain College (regroupant plusieurs pratiques comme les happenings, la performance, la photographie, la vidéo, les modifications corporelles et le multimédia). La vidéo devient cet espace d’expérimentation qui commence par un apprentissage de la captation numérique de la présence physique, et qui se poursuit par l’exploration dynamique du corps de l’artiste comme celui du spectateur. Si la performance est indubitablement intriquée avec les débuts de l’art vidéo, c’est que tous deux conjuguent la pensée, le faire, le dire dans des schèmes d’énonciations et de prédictions.
Pouvoir faire/Dire
L’acte de performer est une puissance. Une puissance qui permet la réévaluation de notre présence médiatisée, du rapport et de l’être au monde de tout un chacun et du commun, de donner corps à la voix. C’est ainsi que les libertés et les contraintes du corps se placent dans l’image comme forces vives et de résistances. Cette « résistance d’intégrité » qui mène au soulèvement des corps et par les corps s’exprime dans le gestus artistique. Dans cette période que nous vivons, la résurgence du corps, en temps de crises et de fractures, est l’étendard qui ré-énonce le pouvoir d’exister. Le corps performé est le vouloir dire, l’action et la transmission agnostique de nos voix. Depuis le XXe siècle, les collaborations artistiques ont donné naissance à une diversité d’œuvres percutantes sous l’impulsion des échanges entre arts visuels, musique, danse, et langage. A l’occasion de ces divers processus, une constante réinvention des identités multiples, des normes, des frontières, du devenir, redéfinit la notion de présence, d’absence ou d’entre-deux.
La performativité révèle la consistance, voire les absurdités, de nos mondes dans lesquels on se doit à la Transformation, à la Mutation, à l’Hybridation. La liste des gestes est longue : désassembler, réassembler ; déconstruire, reconstruire ; convenir, devenir ; énoncer, renoncer ; déplorer, explorer ; déterritorialiser, atterrir ; démembrer, remembrer ; montrer, démontrer, (…) ; voir, percevoir ; expliquer, impliquer ; former, performer ; etc. Les potentialités de l’action performative n’est pas univoque, elle peut être surtout interactive et participative.
Ce que peut le corps
L’action performative n’est pas univoque, elle peut être surtout interactive et participative. De la vidéo des années 60’ aux médias sociaux actuels, l’enjeu est la représentation de la performance de soi. Comment la production de l’image façonne ce que nous sommes et que fait le corps à l’image ? Comment se constitue l’invention de soi et des autres, en pleine confusion des pouvoirs et contestation des autorités de domination, en plein déclin des «grands récits» d’une hyper comme d’une post-modernité ? Ce qui est en jeu, est donc la construction des regards et de nouvelles narrations. L’image vidéo de la performance est ce point de médiation entre l’artiste, le spectateur et le monde.
L’exploration dans la performance est un investissement dans ce que peut le corps. Ce corps, entre tension et intensité, est notre devenir dans le fractionnement de l’histoire. L’usage du geste, de la présence, du son, nous porte dans une relation précieuse à la connaissance (comme de son contraire) et à sa transmission. Le pouvoir de la performance est un système nerveux du faire voir ou du faire dire, de la pensée et de l’action. Le registre de la performance est un répertoire de relations entre les être pour contourner des modus vivendi d’atomisation, de domination et de sidération, pour travailler et mobiliser nos liens. Le corps est donc ce lien, si ce n’est le véhicule, vers le monde 2.
Corps performés
Ainsi, pour cette première édition sous le format Biennale d’OVNi, l’intention est de faire surgir les corps en tant qu’évènement depuis les prémices de l’art vidéo. La Biennale OVNi, pensée comme réfracteur atmosphérique, est la possibilité de faire corps et faire que – dans nos coexistences - l’on respire ensemble. Tout semble dans le monde tenir à un souffle. Un souffle parfois à vif, parfois en silence. Or, le corps est le mouvement, cette force de vie, qui partout où elle n'est pas obligée d'être, a pour elle d’être vibrante. Cette force est l’art de conduire son propre corps (comme aimait à le dire la chorégraphe Pina Bausch), c’est l’art de mener sa vie, d’être dans la vie.
Nathalie Amae,
directrice artistique
OVNi, biennale 2026
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