Cristiano a grandi avec les clips de J-Lo et de ces divas des années 2000 qui sont aussi des icônes gays. Il est étrange de se dire, qu’à l’adolescence, il était plus facile de s’identifier à des femmes hétérosexuelles qu’aux représentations d’hommes qu’on nous proposait. (…) Les hommes dont Cristiano attire l’attention ont un point commun : ils sont discrets. Alors qu’ils emploient les marqueurs catégoriels de Grindr pour définir Cristiano – trans, trav, sissy -, eux sont réticents à s’auto-définir. Ils ne sont pas gays, ils ne sont pas bi. Apparemment, leurs pratiques ne font pas leur identité.Cristiano les écoute avec douceur et curiosité. En amont et en aval des rencontres, dans le peu de temps social qu’ils lui accordent » Samy Lagrange
Diplômé de l’École supérieure des beaux-arts de Bordeaux en 2022, Cristiano Codeço De Amorim développe une pratique artistique autobiographique et transdisciplinaire retraçant son parcours et ses ressentis, d’une enfance au Portugal à sa vie en France depuis 2007. Son travail explore une prise de conscience via des installations, des performances médiatisées, des vidéos, des écrits, des sculptures et du dessin. À travers le prisme de la famille, Cristiano aborde des sujets tels que l’immigration, la classe populaire, le genre, l’homosexualité et l’acceptation de soi – grâce à la féminité -, tout en questionnant la masculinité, perçue comme un problème à résoudre, et la sexualité, vue comme une énigme à déchiffrer. Le tout, toujours saupoudré de pop culture. Les plateformes numériques et les réseaux sociaux l’inspirent et deviennent ses terrains de jeu.
Prix Utopi.e #3 CWB
Le film Images de Tunisie se construit comme une contre-ethnographie, à la croisée des documents d’archives et des images personnelles. Caméra portée comme prolongement du corps, l’artiste interroge la capacité de l’image à façonner un récit.
IMAGES DE TUNISIE réemploie et recontextualise des archives issues de films d’actualités produits par Les Actualités Françaises dans les années 1940, en les associant à de nouvelles prises de vues réalisées sur les mêmes sites d’architecture vernaculaire des villages berbères du sud tunisien. Ces documentaires en noir et blanc servaient alors la propagande française dans les colonies d’Afrique du Nord, dont la Tunisie.
Younès Ben Slimane explique : « Le titre du film fait référence au documentaire ethnographique de Georges Barrois, Images de Tunisie (1946), qui m’a intrigué par sa capacité à créer des images et à façonner des récits. Je suis retourné sur ces lieux pour les réinterpréter avec un regard personnel, à l’aide d’une caméra portée qui devient comme une extension du corps. »
En naviguant entre archives et matière intime, le film fait naître une tension féconde entre les deux régimes d’images. Cette interaction devient la clé de voûte de l’œuvre, qui se mue en un commentaire sur l’évolution du cinéma et sa faculté à réinventer le récit.
Younès Ben Slimane est artiste et cinéaste, diplômé du Fresnoy en 2022. Sa pratique se situe à la croisée du cinéma, de l’architecture et des arts visuels. Son travail du film et de l’installation s’attache à faire dialoguer ces différents médiums afin d’en révéler les potentialités et les limites.