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Nagham Hodaifa

@Nagham Hodaifa
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Nagham Hodaifa

 

Résidence de Nagham Hodaifa (31 janvier - 9 juin 2020) 

 

 

 

Ma résidence artistique à l'Hôtel WindsoR Nice

 

Un mois avant le confinement je me suis retrouvée dans une résidence artistique à l’hôtel WindsoR à Nice, invitée par OVNi et Odile Redolfi, grâce à l’association Act by Art.

 

À l’hôtel WindsoR, je me suis d’abord installée dans la chambre 42 (création de Robert Barry). Dans la chambre 508 au dernier étage, les yeux ouverts vers le ciel, j’ai travaillé sous les toits, à bonne distance de tous. La première chose qui m’a fascinée, c’est la lumière. D’emblée, j’ai compris pourquoi tant des peintres ont voyagé vers le Sud!

 

Dans la première semaine de ma venue, j’ai visité tous les musées de Nice pour pouvoir ensuite m’enfermer pour peindre. Durant un premier temps j’étais en train de re-dessiner des gants et la chemise de nuit, des leitmotivs qui reviennent souvent dans mon travail. Une de mes premières toiles achevées était Les Mimosas, c’était durant le Carnaval, et le Mimosa est, à mes yeux, l’emblème de la ville, de ce séjour de clarté et lumière.

 

Le bleu azur a commencé à camper dans ma peinture grâce à la contemplation de la Méditerranée. Mais je n’arrivais pas à oublier les horreurs que cette mer a connues au cours des dix dernières années. J’ai décidé de faire une série de toiles intitulées Méditerranée. Fin de tout espoir : un projet humain, une nécessité, dédié à toute personne dont le rêve a pris fin en Méditerranée. J’ai commencé alors les polyptyques, un procédé courant dans mon travail. Je ne savais pas si je pourrais finir ou pas cet ensemble. En effet, la résidence se terminait normalement mi-mars…

L’impensable, le film de « science-fiction » comme je l’ai imaginé, est devenu un fait lorsque nous avons commencé de parler de la Covid-19… suivi du confinement. J’ai voulu être enfermée pour peindre, mais m’y trouver par obligation comme pour toute personne dépassait l’imagination ! J’étais alors à l’hôtel et Odile m’a proposé de rester.

 

Je m'y suis donc retrouvée confinée et paradoxalement je n’ai jamais eu autant de place pour travailler. Tout à coup j’avais 57 chambres à moi toute seule, ce qui est extraordinaire et effrayant ! L’hôtel s’est vidé peu à peu. Je n’étais ni psychologiquement ni matériellement préparée, car je n’avais pas assez de matériel de peinture pour continuer mon projet pictural. Je suis venue avec une valise pour un mois, les chambres d’hôtel ne sont pas un « atelier », j'y ai déposé mes supports au sol et non pas sur chevalet. Heureusement, j’ai trouvé un magasin où il y avait du papier d’Arches, les beaux papiers sur lesquels j’aime créer et qui me permettent d’utiliser les techniques mixtes telles que je les ai toujours pratiquées. J’ai ainsi continué ma série qui porte sur la Méditerranée, sans pouvoir aller à la mer, dont l'accès était interdit durant toute la période de confinement.

 

Au moment du confinement, Odile m’a proposé de changer de chambre. J’ai habité dans la 8, au rez-de-chaussée, avec terrasse sur le jardin où est accrochée une toile de Konstantin Sgouridis. Malgré la beauté du lieu, j’y ai vécu au début avec un peu de hantise, seule dans les cinq étages, il faut du temps pour se sentir chez soi et pour s’habituer au lieu, tout était incroyablement silencieux... Vide. Heureusement, Bernard Redolfi est revenu de sa maison en campagne; il y loge au 5e, à côté de mon atelier-chambre. Mon angoisse s’est dissipée peu a peu mais l’actualité semait l’anxiété en permanence.


Odile, qui habite juste à côté de l’hôtel, ne m’avait pas révélé les trésors que cette vaste demeure recelait, le sujet avait été à peine effleuré et m'avait incité à le découvrir. Un jour, fin mars, j’étais en total recueillement et solitude, j’ai pris le passe et j’ai commencé à ouvrir les portes des 57 chambres. Tout un monde a commencé à s’ouvrir au seuil de chaque espace clos. Nulle chambre ne ressemble à une autre, souvent investie par un artiste sélectionné, est empreinte de son art, en devenant sa pièce. Chambres chargées des histoires personnelles et des mondes de ces artistes, elles offrent ainsi une expérience de la contemplation, de la confrontation d’une œuvre-lieu habitée. L'oeuvre vivante est tout à fait différente de l'oeuvre présentée dans un musée ou une galerie. Au lieu de rester au stade de la vision, vivre ici, c’est vivre "dedans" l’œuvre. Nous sommes face à la première fonctionnalité de l’art: vivre dans l’intimité de sa chambre à soi, avant même le concept de musée.


C’est à ce moment de découverte que l’histoire du lieu a commencé à se dévoiler peu à peu devant mes yeux. Il faut faire l’expérience d’entrer dans ces chambres-œuvres d’art. J’avais des sentiments partagés entre enchantement, désordre, surprise. Dans certaines, je m’imagine difficilement dormir, dans d’autres j’ai ressenti un lieu d’accueil. Il faut oser faire un projet pareil, utopique, où la question d’art est loin d’être un simple décor pour célébrer le « beau ». Ici je salue Odile et Bernard Redolfi pour leur audace et générosité. Avec gratitude, j’ai mené ce séjour de confinement à grande échelle, peignant quotidiennement malgré les difficultés de chaque jour. Lors de ma résidence artistique à Nice, unique, j’ai pu réaliser des œuvres dont le format varie, comme toujours dans mon travail, de plusieurs mètres (dans cette résidence la plus grande fait 6 m de long) ou ne dépasse pas les 7 cm. Les techniques sont souvent mixtes.

 

Je ne peux finir ici que par cette « Invitation au voyage » de Baudelaire au WindsoR car chacun va cultiver ses propres rêves de découvreur, en posant sa valise dans ce lieu de repos, en faisant sa propre expérience… Vivre confinée dans un hôtel reste exceptionnel! Le voyage et la découverte font partie intégrante de ma vie. Mais, je préfère parler ici d’errance. Partir est ma destinée, c’est un besoin.

 

Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté !

 

 

Nagham Hodaifa à Nice, le 31 mai 2020